| Août 2010 | ||||||||||
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LA DAME ANTI-OISEAUX
J'avais toujours aimé mon atelier. Il était ma maison et ma source d'inspiration. La couleur jaune pâle qui se trouvait sur le mur me rappelait toujours le chalet de ma grand-mère. Mais il était désordonné et un peu poussiéreux. Pourtant il restait chaleureux.
Quand on entrait dans la petite pièce, une odeur de menthe et de peinture se faisait sentir. J'avais un grand lit et une pendule plutôt bruyante. Mon atelier n'était pas très meublé, à part une grande table et quatre chaises. Mes chevalets, mes peintures se trouvaient sous une fenêtre d'où l’on voyait un paysage magnifique. J'avais un joli pigeon qui me réveillait chaque matin par ses roucoulements.
J'avais acheté un tableau magnifique dans un vide-grenier. J'y avais laissé tous mes sous. Dessus on voyait une femme jeune, belle, aux joues roses et aux lèvres rouges. Elle était en robe verte, assise et cousait sur une machine de couleur jaune, une couleur plutôt étrange pour une machine à coudre. Sur sa table de couture en bois gris se trouvaient un petit coffret et des bouts de tissus blancs.
Alors que je somnolais, à moitié endormi tout en contemplant ma dernière acquisition, je vis soudain, la jeune fille du tableau bouger.
Elle se leva, arracha l'aiguille de sa machine et la plongea dans son petit coffret noir. Ses yeux si doux devinrent rouges et glacials. Tout à coup elle sortit de son tableau. Elle me vit, mais détourna son regard. Elle se dirigea vers la cage de mon pigeon. Finalement, elle l'ouvrit, prit mon oiseau et lui planta l'aiguille dans le cœur.
J'étais là sur mon lit ; tétanisé par la peur. L'image de la dame du tableau couverte de sang m'horrifiait. Les terribles roucoulements de mon si joli pigeon agonisant me hantaient l'esprit. Je crus presque avoir atteint la folie. Étais-je en train de délirer? Effondré, je m’évanouis. Le lendemain, tout était normal. Tout sauf mon pauvre pigeon que je trouvai inanimé sur le sol de sa cage. A l’emplacement du cœur, je crus percevoir un imperceptible petit trou.
Alors, terrorise, sans bien savoir ce qui s’était véritablement passé, je pris le tableau (que j'aimais tant), je le déchirai et le jetai dans ma cheminée.
Je me souviendrai toujours de cette magnifique peinture, des yeux doux de la jeune femme et aussi ses yeux glacials. Mais ce qui me manquera le plus, c'est mon beau pigeon et ses roucoulements matinaux. Finalement pour retrouver sa paix intérieure je partis en vacances chez ma sœur, à Nice. Là-bas, je trouvai un travail de charpentier , avec lequel je vécus très bien.