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Dimanche 31 janvier 2010 7 31 /01 /2010 10:30

L’enfant est incapable de se défendre, mais il n’oublie jamais le mal qu’on lui a fait.
Un père et une mère, qu’est-ce que c’est ?

Des personnes qui vous sont les plus chères au monde, et pour lesquelles vous êtes prêts à tout faire, pour obtenir ne serait-ce qu’une caresse ou un mot doux.

Un frère et une sœur, qu’est-ce que c’est ?

Deux diablotins qui vous sont les moins chers au monde, qui prennent un malin plaisir à vous voir souffrir et pour lesquels vous êtes prêts à tout faire pour vous en débarrasser, ne serait-ce que pendant quelques minutes ou mieux encore, pendant quelques heures.

Voilà, je pense, que c’était, étant plus bien jeune, ma définition de la famille.

Papa et maman ont deux enfants, mon frère et moi.

Papa est toujours avec son fils, maman toujours dans la cuisine.

Jusqu’au jour où maman ramène une chose à la maison. Il paraît que c’est ma sœur.

Maintenant, papa est avec son fils, maman avec sa fille, la bonne dans la cuisine.

Mais, et moi ?

Je regarde, en éternelle spectatrice, mes parents. Le sont-ils seulement ? S’occuper de leurs adorés, les laver, les câliner, les embrasser, les chatouiller, les caresser ou encore leur raconter des histoires avant de dormir.

Es-tu invisible ?

Non, enfin, je ne crois pas. Maman m’appelle souvent. Elle me dit :

- Anita, c’est toi qui as fait ci, c’est toi qui as fait ça…

Est-ce que c’est toi ? Sûrement, puisque maman le dit.

Les deux diablotins adorent me torturer. Quand on joue, c’est toujours moi qui ai le mauvais rôle.

Par exemple, quand on joue aux cow-boys, c’est moi l’Indienne qui finis criblée de balles.

La seule satisfaction que j’en tire, c’est de pouvoir, avant de mourir, obtenir un scalp ou deux !

Quand on joue aux rois, j’ai le droit à plusieurs rôles en même temps : le moine, le cheval ou le paysan.

Le seul jeu où j’ai le bon rôle, c’est celui de la chasse au trésor. Malheureusement, on oublie parfois que ce ne sont pas toujours les gentils qui gagnent. Ça, je l’appris beaucoup plus tard, longtemps après m’être fait ridiculiser :

C’est un jeu piège, où vous êtes un honnête marin, mais où vous finissez toujours enterré à la place du trésor (une boîte de chocolats suisses) alors que les pirates, eux, s’en vont emportant leur butin et oubliant leur sœur dans sa tombe. Une seule règle. Ne jamais appeler à l’aide ou les lézards entreront dans ma bouche. Alors, je me tais et j’attends tranquillement que la bonne me sorte de mon trou pour me jeter dans la douche où j’enlèverai enfin le sable de mes vêtements.

Durant toute mon enfance, je n’eus pour compagnons que la solitude et le silence.

Aujourd’hui, quand je songe à cette période, je me dis que certaines personnes (en fait, c’est le cas des adultes ou du moins de la majorité) pensent que les enfants ne sont pas assez réfléchis, matures et sont sans volonté propre.

Mais n’ont-ils pas été eux aussi des enfants ?

 

Publié dans : Auto-fiction 3° - Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire
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